SASU, SARL, SAS ou EURL : quelle structure choisir pour votre entreprise ?
Créer une société, c’est d’abord répondre à une question qui revient dans presque tous mes premiers rendez-vous : « SASU, SARL, SAS ou EURL, laquelle choisir ? ». La réponse honnête, c’est qu’il n’existe pas de bonne réponse universelle. Il n’y a que la bonne réponse pour votre projet, votre situation personnelle et vos objectifs à trois ou cinq ans.
J’ai accompagné suffisamment de créateurs d’entreprise pour savoir que ce choix est souvent fait pour de mauvaises raisons : un ami qui a créé sa SASU, une vidéo YouTube qui vante les mérites de l’EURL, un expert-comptable pressé qui coche la case la plus rapide à immatriculer. Le problème, c’est que la forme juridique conditionne votre régime social, votre fiscalité, votre protection en cas de coup dur, et la façon dont vous pourrez faire entrer un associé ou un investisseur demain.
Cet article a un objectif simple : vous donner une grille de lecture claire pour comparer les quatre structures les plus courantes en France — SASU, EURL, SARL et SAS — et vous aider à arriver en rendez-vous avec les bonnes questions plutôt qu’une décision déjà prise sur de mauvaises bases.
Les 4 structures en un coup d’œil
Avant d’entrer dans le détail, voici un tableau comparatif qui résume les différences essentielles.
| Critère | SASU | EURL | SARL | SAS |
|---|---|---|---|---|
| Nombre d’associés | 1 | 1 | 2 à 100 | 2 minimum (pas de maximum) |
| Capital social minimum | 1 € (libre) | 1 € (libre) | 1 € (libre) | 1 € (libre) |
| Responsabilité | Limitée aux apports | Limitée aux apports | Limitée aux apports | Limitée aux apports |
| Régime fiscal par défaut | Impôt sur les sociétés (IS) | Impôt sur le revenu (IR), option IS possible | Impôt sur les sociétés (IS), option IR possible sous conditions | Impôt sur les sociétés (IS), option IR possible sous conditions |
| Statut social du dirigeant | Assimilé salarié (régime général) | Travailleur non salarié (TNS) si gérant associé unique | TNS si gérant majoritaire, assimilé salarié si gérant minoritaire ou égalitaire | Assimilé salarié (régime général) |
| Rédaction des statuts | Très libre | Encadrée par le Code de commerce | Encadrée par le Code de commerce | Très libre |
| Cession de titres | Actions, cession libre sauf clause contraire | Parts sociales, formalisme de cession | Parts sociales, agrément obligatoire des associés | Actions, cession libre sauf clause contraire |
| Adaptée à la levée de fonds | Oui | Non | Peu adaptée | Oui, structure privilégiée par les investisseurs |
Ce tableau donne une photographie à l’instant T, mais chaque ligne mérite d’être creusée, parce que c’est souvent un seul critère — pas sept — qui va faire basculer votre décision.
SASU, SARL, SAS, EURL : les différences qui comptent vraiment
Le nombre d’associés : la première question à trancher
C’est le critère le plus simple et pourtant le premier filtre. Si vous êtes seul à porter le projet, votre choix se limite à la SASU ou à l’EURL. Si vous êtes plusieurs — même seulement deux — la question se pose entre SARL et SAS. Ce n’est qu’une fois ce filtre posé que les critères plus fins (fiscalité, régime social, gouvernance) entrent en jeu.
Notez qu’une SASU ou une EURL peuvent, si un second associé entre au capital, être transformées respectivement en SAS ou en SARL sans dissolution de la société. Ce n’est donc pas un choix irréversible, mais un changement de statut a un coût et un formalisme qu’il vaut mieux anticiper.
La responsabilité : un faux critère de différenciation
Dans les quatre structures, votre responsabilité est en principe limitée au montant de vos apports : votre patrimoine personnel n’est pas engagé en cas de dettes de la société, sauf faute de gestion caractérisée, caution personnelle donnée à un créancier (une banque, typiquement), ou confusion entre patrimoine personnel et professionnel. Ce critère ne doit donc pas orienter votre choix entre ces quatre formes : c’est un point commun, pas une différence.
Le régime fiscal : IS par défaut, IR sur option
Trois des quatre structures (SASU, SARL, SAS) sont soumises par défaut à l’impôt sur les sociétés (IS) : la société paie l’impôt sur ses bénéfices, puis les dividendes distribués aux associés sont imposés à leur tour (au prélèvement forfaitaire unique de 30 % ou sur option au barème progressif).
L’EURL fait figure d’exception : elle est soumise par défaut à l’impôt sur le revenu (IR), les bénéfices étant directement imposés dans la catégorie des BIC ou BNC entre les mains de l’associé unique, qu’ils soient distribués ou non. Une option pour l’IS reste possible sur demande.
SARL et SAS peuvent également opter pour l’IR, mais sous conditions cumulatives et pour une durée limitée à 5 exercices : société de moins de 5 ans, non cotée, moins de 50 salariés, chiffre d’affaires ou total de bilan inférieur à 10 millions d’euros, et détention du capital à 50 % au moins par des personnes physiques (dont 34 % au moins par les dirigeants). C’est notamment le mécanisme utilisé par les fameuses « SARL de famille », qui peuvent opter pour l’IR sans limite de durée lorsque tous les associés sont membres d’une même famille.
Le bon réflexe : ne choisissez jamais une structure uniquement pour son régime fiscal par défaut. L’option est presque toujours disponible dans l’autre sens ; ce qui compte, c’est votre niveau de bénéfices prévisionnel et votre tranche d’imposition personnelle, qui détermineront si l’IR ou l’IS est réellement plus avantageux pour vous.
Le régime social du dirigeant : le vrai point de bascule
C’est, dans mon expérience, le critère qui pèse le plus lourd dans la décision — bien plus que la fiscalité.
Assimilé salarié (Président de SASU ou de SAS) : vous êtes affilié au régime général de la Sécurité sociale, comme n’importe quel salarié. Vous bénéficiez d’une couverture sociale complète (maladie, retraite, prévoyance) sans démarche complémentaire, mais les cotisations sociales sont élevées : comptez environ 75 à 80 % de charges sur votre rémunération nette. En contrepartie, vous n’avez — sauf exception — pas droit à l’assurance chômage en cas de perte de mandat.
Travailleur non salarié / TNS (gérant associé unique d’EURL, gérant majoritaire de SARL) : vous êtes affilié à la Sécurité sociale des indépendants (SSI, ex-RSI). Les cotisations sont sensiblement plus faibles (environ 45 % de la rémunération nette), mais la couverture sociale de base est moins complète, ce qui pousse la plupart des TNS à souscrire des contrats complémentaires facultatifs dits « Madelin » pour la prévoyance, la santé et la retraite — des cotisations qui restent déductibles du résultat.
Le régime du gérant de SARL dépend en réalité de sa quote-part de capital : un gérant qui détient, seul ou avec son conjoint et ses enfants mineurs, plus de 50 % des parts est gérant majoritaire (donc TNS) ; en dessous, il est gérant minoritaire ou égalitaire et relève du régime assimilé salarié, exactement comme un Président de SAS.
Il n’y a pas de régime « meilleur » dans l’absolu. Le TNS coûte moins cher mais protège moins ; l’assimilé salarié coûte plus cher mais rassure davantage, en particulier si vous avez quitté un poste salarié et que la continuité de couverture compte pour vous, ou si votre état de santé rend les contrats Madelin difficiles ou coûteux à souscrire.
Le formalisme et la liberté statutaire
SARL et EURL sont des structures très encadrées par le Code de commerce : la loi fixe la quasi-totalité des règles de fonctionnement (majorités, modalités de cession, pouvoirs du gérant), laissant peu de place à l’aménagement contractuel. C’est rassurant pour un créateur qui souhaite une structure « clé en main », mais cela devient un frein dès que vous voulez organiser une gouvernance sur mesure.
SAS et SASU, à l’inverse, laissent une liberté statutaire quasi totale : organes de direction à la carte (Président, Directeur général, comité de direction), clauses d’agrément, de préemption, d’inaliénabilité temporaire des actions, actions de préférence avec droits de vote ou financiers différenciés. Cette souplesse a un prix : elle suppose une rédaction de statuts beaucoup plus fine, où chaque clause doit être pensée en fonction de votre projet — un statut type téléchargé sur internet est rarement suffisant pour une SAS à plusieurs associés.
Seul ou à plusieurs : la question qui structure tout le reste
Vous êtes seul : SASU ou EURL ?
Entre SASU et EURL, le match se joue presque exclusivement sur le régime social et, dans une moindre mesure, sur la fiscalité par défaut.
Choisissez plutôt l’EURL si :
- vous voulez optimiser le niveau de charges sociales sur votre rémunération ;
- vous êtes à l’aise avec l’idée de piloter vous-même votre protection sociale via des contrats Madelin ;
- votre activité génère des bénéfices modestes les premières années et l’imposition à l’IR (directement dans vos revenus personnels) est plus avantageuse que l’IS.
Choisissez plutôt la SASU si :
- vous sortez d’un poste salarié et voulez conserver une couverture sociale équivalente sans démarche complémentaire ;
- votre état de santé rend la souscription de contrats de prévoyance privés compliquée ou coûteuse ;
- vous lancez une activité accessoire en parallèle d’un emploi salarié : vous êtes déjà couvert par ailleurs, et la SASU permet de vous rémunérer quasi exclusivement en dividendes plutôt qu’en salaire ;
- vous envisagez, à moyen terme, de faire entrer un associé ou un investisseur : la transformation en SAS est plus naturelle et les statuts déjà rédigés avec cette flexibilité en tête.
Nous détaillons chacun de ces cas avec davantage d’exemples concrets dans deux articles dédiés : « Dans quel cas créer une SASU ? » et « Pourquoi choisir l’EURL ? 5 bonnes raisons ».
Vous êtes plusieurs : SAS ou SARL ?
Dès que vous êtes deux associés ou plus, le match SAS/SARL repose sur des critères différents.
Le régime social des dirigeants. En SAS, tous les dirigeants (Président, Directeur général) sont assimilés salariés, quelle que soit leur part de capital. En SARL, le régime dépend de la répartition : un gérant majoritaire est TNS, un gérant minoritaire ou égalitaire est assimilé salarié. Si plusieurs cofondateurs se partagent la gérance à parts égales, ce sont potentiellement des régimes sociaux différents à gérer selon la répartition exacte du capital.
La protection contre l’arrivée de tiers. La SARL protège structurellement les associés historiques : toute cession de parts à un tiers étranger à la société est soumise à un agrément préalable des autres associés, à la majorité prévue par les statuts (la loi fixe un plancher). C’est une protection légale automatique, utile si vous voulez garder la main sur qui peut entrer au capital. En SAS, la cession d’actions est libre par défaut : si vous voulez la même protection, il faut impérativement la prévoir dans les statuts (clause d’agrément, de préemption), ce qui demande une rédaction sur mesure.
La gouvernance et les pactes. La SAS permet d’organiser des mécanismes que la SARL ne permet pas ou mal : actions de préférence (avec ou sans droit de vote), clauses de sortie conjointe (tag-along) ou forcée (drag-along), clauses de « vesting » pour les fondateurs, comité de direction distinct de la présidence. Ce sont des outils précieux dès que le projet implique plusieurs cofondateurs avec des apports ou des rôles différents, ou des investisseurs.
La levée de fonds. C’est un point déterminant si votre projet a vocation à lever des fonds auprès de business angels ou de fonds de capital-risque : ces investisseurs demandent quasi systématiquement une SAS, seule structure permettant d’émettre des actions de préférence et des BSPCE (bons de souscription de parts de créateur d’entreprise, utilisés pour intéresser les salariés au capital). Une SARL est structurellement inadaptée à ce type d’opération.
La SARL de famille. À l’inverse, si votre projet est une reprise ou une création familiale (associés parents, enfants, conjoint, frères et sœurs), la SARL de famille permet une option à l’IR sans limitation de durée dans le temps — un avantage fiscal que la SAS ne permet pas dans les mêmes conditions.
En résumé : la SARL reste pertinente pour un projet à taille humaine, entre associés qui se connaissent, sans ambition de levée de fonds, où le formalisme légal rassure plus qu’il ne contraint. La SAS s’impose dès que vous avez besoin de gouvernance sur mesure, de plusieurs catégories d’associés, ou d’un horizon de levée de fonds.
Quelle que soit la structure, pensez au pacte d’associés
Un point mérite d’être souligné avant d’aller plus loin : que vous choisissiez la SAS ou la SARL, les statuts ne suffisent pas toujours à régler tout ce qui compte entre associés. Dès que vous êtes plusieurs, un pacte d’associés (ou pacte d’actionnaires) permet d’organiser, en dehors des statuts et donc de façon confidentielle, des sujets sensibles : répartition du travail entre fondateurs, clauses de sortie en cas de mésentente, valorisation en cas de rachat de parts, obligations de non-concurrence. Beaucoup de conflits entre associés que nous traitons au cabinet auraient pu être évités par un pacte rédigé dès la création, plutôt que négocié dans l’urgence une fois le désaccord né.
Le critère de la cession et de la transmission des titres
Au-delà de la gouvernance courante, pensez à la sortie — la vôtre ou celle d’un associé.
En SARL et en EURL, vous cédez des parts sociales. La cession à un tiers est soumise à agrément (sauf entre associés, ascendants ou descendants où elle est libre par défaut, sauf clause contraire) et donne lieu à un droit d’enregistrement de 3 % sur le prix, après un abattement calculé au prorata du capital cédé.
En SAS et SASU, vous cédez des actions. La cession est libre par défaut (sauf clause statutaire contraire) et bénéficie d’une fiscalité plus légère : un droit d’enregistrement de 0,1 % seulement. Pour un cédant, la différence sur une cession de plusieurs centaines de milliers d’euros n’est pas anodine.
Le capital social : combien apporter, et sous quelle forme ?
Le capital minimum est fixé à 1 euro dans les quatre structures — mais ce chiffre théorique ne doit pas faire oublier deux choses.
La libération du capital n’obéit pas aux mêmes règles. En SARL et en EURL, les apports en numéraire doivent être libérés à hauteur de 20 % au moins à la constitution, le solde devant être versé dans les 5 ans. En SAS et SASU, ce plancher est plus élevé : 50 % au moins doivent être libérés dès la création. Si votre trésorerie de départ est serrée, ce point mérite d’être anticipé.
La nature des apports compte aussi. Vous pouvez apporter du numéraire (de l’argent), des apports en nature (un bien, un fonds de commerce, du matériel — avec parfois l’obligation de recourir à un commissaire aux apports au-delà de certains seuils) ou, dans certains cas, des apports en industrie (votre savoir-faire ou votre travail), possibles en SARL, EURL, SAS et SASU, mais qui ne concourent jamais à la formation du capital social : ils donnent seulement droit à des parts ou actions et au partage des bénéfices.
Le capital social est aussi un signal. Un capital fixé à 1 euro symbolique est parfaitement légal, mais il peut fragiliser votre crédibilité auprès d’une banque, d’un bailleur ou d’un fournisseur qui consulte le Kbis avant de vous faire confiance. Beaucoup de créateurs sous-estiment ce point et le regrettent au moment de négocier un premier prêt professionnel ou un bail commercial.
Le statut du conjoint : un point souvent oublié
Si votre conjoint participe régulièrement à l’activité de l’entreprise, sa situation mérite d’être formalisée — et toutes les structures ne le permettent pas de la même façon.
En EURL et en SARL, le conjoint qui travaille dans l’entreprise peut opter pour le statut de conjoint collaborateur, une solution simple et peu coûteuse qui lui ouvre des droits sociaux (retraite, formation) sans en faire un salarié ni un associé.
En SAS et SASU, ce statut de conjoint collaborateur n’existe pas. Le conjoint qui travaille dans l’entreprise doit être soit salarié (avec un vrai contrat de travail et une rémunération correspondante), soit associé. C’est un détail que l’on découvre souvent trop tard, alors qu’il peut peser dans le choix de structure pour un couple qui monte un projet ensemble.
Les formalités et le coût de création
Sur le papier, les démarches de création sont proches pour les quatre structures : rédaction des statuts, dépôt du capital social sur un compte bloqué, publication d’une annonce légale, dépôt du dossier au greffe (guichet unique INPI) et immatriculation au Registre du commerce et des sociétés.
En pratique, le coût diffère surtout selon la complexité de rédaction des statuts. Pour une EURL ou une SARL, le cadre légal étant très encadré, un modèle de statuts standard, relu et adapté, suffit souvent pour une situation simple. Pour une SAS ou une SASU à plusieurs associés, la liberté statutaire qui fait tout l’intérêt de la structure suppose une rédaction sur mesure — clauses de gouvernance, d’agrément, de sortie — dont le coût de rédaction est logiquement plus élevé, mais qui vous évitera des conflits coûteux entre associés le jour où un désaccord survient.
Comptez, au-delà des honoraires d’accompagnement, environ 130 à 220 euros de frais de greffe et d’annonce légale selon la forme choisie et le département, ainsi que d’éventuels frais de commissaire aux apports si vous apportez des biens en nature d’une valeur significative.
Les pièges à éviter au moment de choisir
Quelques erreurs reviennent régulièrement chez les créateurs que nous recevons au cabinet :
- Choisir une structure parce qu’un proche l’a choisie, sans vérifier que sa situation (régime social souhaité, niveau de revenus, projet de développement) correspond à la vôtre.
- Ignorer un projet de levée de fonds à venir et créer une SARL ou une EURL qu’il faudra transformer en urgence, dans de mauvaises conditions de négociation, quand un investisseur se présente.
- Sous-estimer l’écart de charges sociales entre statut TNS et assimilé salarié, qui peut représenter plusieurs milliers d’euros par an sur une même rémunération nette visée.
- Utiliser des statuts de SAS téléchargés en ligne sans les adapter, alors que la liberté statutaire de la SAS n’a de valeur que si les clauses sont réellement pensées pour votre projet — un statut type mal adapté peut créer plus de problèmes qu’il n’en résout en cas de conflit entre associés.
- Oublier le statut du conjoint lorsqu’il participe à l’activité, ce qui peut le priver de droits sociaux qu’il aurait pu acquérir facilement en EURL ou en SARL.
Cas pratiques : quelle structure pour quel projet ?
Les grilles de lecture théoriques aident, mais rien ne vaut des exemples concrets tirés de situations que nous rencontrons régulièrement au cabinet.
Le consultant indépendant qui optimise ses charges. Vous quittez une activité de freelance en entreprise individuelle, vos revenus sont réguliers et vous voulez maximiser ce qui reste en poche chaque mois. → L’EURL, avec option Madelin pour sécuriser votre prévoyance, est souvent le choix le plus rationnel.
Le cadre qui quitte le salariat. Vous démissionnez d’un poste de cadre pour vous lancer, et la continuité de couverture sociale (maladie, retraite) compte pour vous autant que l’optimisation des charges. → La SASU reproduit un cadre social proche de celui que vous quittez.
La startup avec levée de fonds prévue. Vous développez un produit ou un service à fort potentiel de croissance et vous savez que vous solliciterez des investisseurs dans les 12 à 24 mois. → La SAS s’impose presque sans discussion : c’est la structure que les investisseurs demanderont de toute façon.
La reprise familiale d’un commerce. Deux frères et sœurs reprennent l’entreprise de leurs parents, avec ces derniers au capital. → La SARL de famille, avec option IR, permet souvent une fiscalité plus douce sur la durée que l’IS, sans les contraintes de durée limitée qui s’appliquent aux autres formes.
L’activité accessoire d’un salarié. Vous êtes salarié à temps plein et vous lancez, en parallèle, une activité complémentaire qui restera secondaire dans vos revenus. → La SASU, avec une rémunération versée quasi exclusivement en dividendes, évite d’ajouter une double cotisation sociale sur un salaire dont vous n’avez pas l’usage immédiat.
Deux cofondateurs à égalité, avec des apports différents. L’un apporte le capital, l’autre le savoir-faire technique. → La SAS permet d’organiser des catégories d’actions différenciées (droits de vote, droits financiers) qu’une SARL ne permet pas facilement.
Les obligations comptables et de gestion courante
Un dernier critère, moins souvent évoqué, mérite d’être posé sur la table : la lourdeur de la gestion courante une fois la société créée.
Dans les quatre structures, la tenue d’une comptabilité commerciale (bilan, compte de résultat, annexe) et le dépôt annuel des comptes au greffe sont obligatoires, avec des allègements possibles pour les micro-entreprises et petites entreprises au sens comptable. La désignation d’un commissaire aux comptes devient obligatoire, quelle que soit la forme, au-delà de certains seuils (chiffre d’affaires, total de bilan, effectif salarié) ou en cas de contrôle d’une autre société.
La différence se joue plutôt sur la vie sociale courante. En SARL et en EURL, le formalisme légal impose des règles précises pour les décisions collectives (majorités légales, convocations, procès-verbaux d’assemblée générale) : c’est contraignant, mais cela offre un cadre déjà écrit, sans besoin d’y réfléchir. En SAS et SASU, c’est aux statuts de fixer ces règles : plus de liberté, mais aussi plus de rigueur nécessaire dans la rédaction initiale, faute de quoi certaines décisions importantes peuvent se retrouver sans procédure claire pour les entériner. C’est un argument de plus pour ne pas rédiger seul des statuts de SAS à partir d’un modèle trouvé en ligne, dès lors que vous êtes plusieurs associés.
Peut-on changer de structure juridique après la création ?
Oui, et c’est plus fréquent qu’on ne le pense : de nombreuses sociétés démarrent en SARL ou en EURL puis se transforment en SAS ou en SASU lorsque le projet grandit, qu’un investisseur entre au capital, ou que les fondateurs souhaitent une gouvernance plus souple.
La transformation ne crée pas une nouvelle personne morale : la société conserve son numéro SIREN, ses contrats, son historique. Elle suppose en revanche une décision des associés (à l’unanimité ou à une majorité qualifiée selon les statuts et la forme d’origine), parfois l’intervention d’un commissaire à la transformation pour vérifier que les capitaux propres couvrent le capital social, et des formalités de publicité et d’enregistrement au greffe qui ont un coût.
Ce n’est donc pas un choix irréversible, mais ce n’est pas non plus gratuit ni instantané. Mieux vaut anticiper une trajectoire probable (par exemple : « je démarre seul mais je sais que j’ouvrirai le capital dans deux ans ») plutôt que de subir une transformation dans l’urgence, sous la pression d’un investisseur qui attend de signer.
Notre méthode chez Kardynal Avocats pour vous aider à choisir
Nous ne répondons jamais à la question « SASU, SARL, SAS ou EURL ? » sans avoir d’abord posé les bonnes questions sur votre projet : êtes-vous seul ou accompagné, quel est votre revenu prévisionnel, avez-vous une autre activité salariée en parallèle, envisagez-vous une levée de fonds, votre projet a-t-il une dimension familiale ? Ce n’est qu’à partir de ces réponses que nous vous recommandons une structure — et que nous rédigeons des statuts adaptés, pas un modèle générique téléchargé en ligne.
Un bon choix de structure au départ vous évite une transformation coûteuse dans deux ans, ou pire, un conflit entre associés faute d’avoir anticipé les bonnes clauses statutaires.
Questions fréquentes
Quelle est la différence principale entre une SARL et une SAS ? La SARL est encadrée par des règles légales strictes (agrément obligatoire pour la cession de parts, régime social du gérant selon sa part de capital), tandis que la SAS offre une liberté statutaire quasi totale, ce qui la rend plus adaptée aux projets nécessitant une gouvernance sur mesure ou une levée de fonds.
SASU ou EURL : laquelle choisir pour une activité en solo ? Cela dépend surtout du régime social recherché : l’EURL (statut TNS) réduit les charges sociales mais offre une couverture sociale de base plus légère ; la SASU (statut assimilé salarié) coûte plus cher en charges mais offre une protection sociale équivalente à celle d’un salarié.
Quel régime social pour le Président de SAS ou de SASU ? Il relève du régime général de la Sécurité sociale, comme un salarié, sans toutefois bénéficier de l’assurance chômage au titre de son mandat social.
Peut-on transformer une SARL en SAS après la création ? Oui, sans créer de nouvelle personne morale. Cette transformation nécessite une décision des associés selon les règles de majorité prévues par les statuts, et parfois l’intervention d’un commissaire à la transformation.
Faut-il un capital social minimum pour créer une SASU, une EURL, une SARL ou une SAS ? Non, le capital social minimum est fixé à 1 euro pour les quatre structures. Le montant doit néanmoins rester cohérent avec votre projet, notamment si vous envisagez d’emprunter ou de lever des fonds.
Quelle structure choisir pour lever des fonds auprès d’investisseurs ? La SAS, quasi systématiquement. C’est la seule structure permettant d’émettre des actions de préférence et des BSPCE, deux outils que les investisseurs et les fonds de capital-risque demandent en pratique.
Mon conjoint travaille avec moi, quelle structure choisir ? Si vous voulez lui offrir le statut de conjoint collaborateur (simple et peu coûteux), orientez-vous vers l’EURL ou la SARL. En SAS ou SASU, ce statut n’existe pas : votre conjoint devra être salarié ou associé.
Quel est le coût de création d’une SASU, EURL, SARL ou SAS ? Les frais légaux (greffe, annonce légale) sont proches d’une structure à l’autre, entre 130 et 220 euros environ. L’écart se fait surtout sur les honoraires de rédaction des statuts, plus élevés pour une SAS à plusieurs associés dont la gouvernance est personnalisée que pour une EURL ou une SARL au cadre légal standardisé.
Combien de temps faut-il pour créer sa société ? Comptez généralement une à trois semaines entre la finalisation des statuts et l’obtention du Kbis, selon la réactivité des parties et la complexité du dossier (apports en nature, associés multiples, activité réglementée).
Une SASU peut-elle devenir une SAS, et inversement ? Oui. L’entrée d’un nouvel associé dans une SASU la transforme automatiquement en SAS, sans démarche de transformation à proprement parler. À l’inverse, le rachat de la totalité des actions d’une SAS par un seul actionnaire la transforme en SASU.
Vous hésitez encore entre SASU, SARL, SAS ou EURL pour votre projet ? Chaque situation est différente, et le bon choix dépend de critères qui ne se lisent pas toujours dans un article de blog. Demandez un rendez-vous avec Kardynal Avocats pour un point personnalisé sur votre projet de création d’entreprise.
